mercredi 2 novembre 2022

Le monde romanesque de Milan Kundera- Kvetoslav Chvatik

 "L'oeuvre romanesque de Kundera forme un tout cohérent, un univers imaginaire autonome, il est construit sur la base sur le cercle de motifs et de thèmes précisément tracé avec leurs variations et leurs combinaisons instrumentalisées à travers différentes stratégies narratives". 

Auteur: Kvetoslav Chvatik 

Genre: Roman 

Edition: Gallimard 

Date de publication: 1995

Nombre de pages: 221

Synopsis: Ce livre est un roman qui met en relief l'écriture de Kundera et sa personnalité en tant qu'auteur. En effet, ce roman fait l'objet d'une interprétation des romans de Kundera en fonction des thèmes représentés, des motifs répétitifs dans chacun de ses romans et de l'identité de cet écrivain. Je trouve que Kvetoslav Chvatik a réussi à cerner de nombreux points concernant l'identité littéraire de Kundera mais je trouve qu'il n'a pas vraiment poussé cette réflexion et cette analyse qui reste assez superficielle. Je suis un peu déçue de ce roman qui je pensais allait me mener à des pistes de réflexion profondes et nouvelles des romans de Kundera. 

Mon avis:

J'ai bien aimé ce roman malgré une légère déception. Je m'attendais à une analyse plus poussée des oeuvres de Kundera et plus personnelle. Ce que je n'ai pas retrouvé dans ce roman et que j'aurai aimé voir c'est une analyse plus personnelle de l'identité littéraire de Kundera à travers ses oeuvres, certes l'écrivain de ce roman a décrypté les thèmes essentiels et les motifs répétitifs dans les romans de Kundera mais pas une seule fois il n'a fait allusion au vécu de Kundera et au lien indéfectible entre Kundera et ses oeuvres. 

Ce que j'ai aimé dans ce roman c'est surtout la description de la plume de Kundera, le lien logique entre toutes ses oeuvres. "L'oeuvre romanesque de Kundera forme un tout cohérent, un univers imaginaire autonome, il est construit sur la base sur le cercle de motifs et de thèmes précisément tracé avec leurs variations et leurs combinaisons instrumentalisées à travers différentes stratégies narratives". Ainsi, ce qu'on peut en déduire c'est que les oeuvres de Kundera ont toutes un point commun, un thème répétitif, des personnages similaires aux vécus similaires. Malgré les histoires et les vécus des personnages et les intrigues différentes, Kundera ne cesse de ramener au coeur de ses romans des thèmes communs, des émotions communes, des réflexions communes comme le thème de la guerre, de l'après guerre, de la nostalgie d'un pays perdu puis retrouvé, la passion destructrice, l'amour innocent et insouciant, l'amour destructeur, l'amour fraternel, maternel, paternel, amical, interdit. 

Ce que Kvetoslav Chvatik a bien fait c'est l'analyse musicale des oeuvres de Kundera. En effet, s'il y a un point que cet auteur a bien décrit c'est les sonorités des textes de Kundera et leur résonance musicale. Il a fait un très bon parallèle entre les thèmes répétitifs des oeuvres de Kundera mettant à chaque fois en scène des personnages différents aux vécus différents et les variations musicales qui créent différentes combinaisons musicales à partir de sonorités communes et similaires. Pour lui, Kundera utilise son passé de compositeur comme un atout dans ses romans mais aussi comme son arme de distinction des autres auteurs, il arrive à recréer de nouvelles histoires et stratégies narratives à travers des motifs communs. 

Il y a un passage que cet écrivain a relevé de l'insoutenable légèreté de l'être et que je trouve très pertinent, pour moi c'est ce passage qui décrit au mieux l'identité littéraire de Kundera et qui fait honneur à sa plume, "J'ai connu et j'ai moi-même vécu toutes ces situations, d'aucune, pourtant, n'est issu le personnage que je suis moi-même dans mon curriculum vitae. Les personnages de mon roman sont mes propres possibilités qui ne se sont pas réalisées. C'est ce qui fait que je les aime tous et que tous m'effraient pareillement. Ils ont les uns et les autres franchi une frontière que je n'ai fais que contourner. C'est cette frontière franchie (la frontière au delà laquelle finit mon moi) qui m'attire. Et c'est de l'autre côté seulement que commence le mystère qu'interroge le roman. Le roman n est pas une confession de l'auteur mais une exploration de ce qu'est la vie humaine dans le piège qu'est devenu le monde"

Pour moi, ce texte est fascinant et décrit parfaitement bien l'identité littéraire de Kundera. En effet, Kundera avoue dans ce passage que ses personnages ne sont que le reflet de ses espoirs, de ses regrets et de ses remords. Il fait vivre à ses personnages ce qu'il aurait aimé vivre, ce qu'il aurait aimé avoir le courage de vivre et ce qu'il a peur de vivre. Ses personnages sont donc le miroir de son être, de son peut-être, de son et si. 

Les oeuvres de Kundera reprennent donc des événements marquants de la vie de Kundera, des rêves non réalisés, des espoirs inatteignables et les fais vivre à des personnages qui sont tous là pour une raison précise, pour réaliser et vivre ce que Kundera lui-même n'a jamais vécu. Ce sont des représentations de ses rêves inassouvis, de ses passions oubliées, de ses émotions cachées et de son imaginaire inexploré. 

C'est pour cela que je trouve dommage le fait que Kvetoslav Chvatik n'ait pas analysé plus intensément ce passage qui pour moi reflète parfaitement bien l'écriture de Kundera et l'essence même de toutes ses oeuvres. C'est le noyau dur, la vérité dévoilée au grand public et rare sont les auteurs qui ont osés affirmer que leurs personnages ne sont que des versions améliorées d'eux-mêmes et un moyen de vivre ce qu'ils n'ont jamais vécu. C'est en quelque sorte un aveu, un aveu d'écrivain mais aussi un aveu en tant qu'homme, un aveu que l'écriture sert certes à raconter des histoires, à distraire le lecteur, à le pousser à réfléchir mais l'écriture a aussi un autre but, c'est de pousser le lecteur à vaincre sa nostalgie en la mettant sur papier, c'est en quelque sorte un baume au coeur, un remède aux frustrations et aux espérances d'un auteur. C'est un moyen d'exprimer ce qui est inexprimable et de raconter ce qui est enfermé dans le coeur. 

Je partage avec vous mes passages préférés de ce roman :

"La vocation de la poésie n'est pas de nous éblouir par une idée surprenante mais de faire qu'un instant de l'être devienne inoubliable et digne d'une insoutenable nostalgie". 

"Le poète n'a besoin de rien prouver, la seule preuve réside dans l'intensité du sentiment". 

"Le roman défend précisément l'espace où personne n'est l'unique "détenteur" de la vérité et où chacun peut au contraire prétendre être compris". 

FUN FACTS:

  • Ce roman est une monographie (étude détaillée des oeuvres de Kundera). 

  • Kvetoslav Chvatik est un philosophe tchèque ce qui met encore plus l'accent sur le fait que pour analyser les oeuvres de Kundera il faut s'y connaitre en philosophie étant donné que l'écriture de Kundera est très philosophique. 

  • Ce livre étant publié en 1995, Kvetoslav Chvatik n'a pu analyser que les romans de Kundera qui remontent à l'année 1995. Ainsi, il n'a pas pu analyser l'évolution de son écriture à travers ses  romans comme "L'ignorance" (2000), "La fête de l'insignifiance" (2013), "Le rideau" (2005),  "Une rencontre" (2009). 





mercredi 12 octobre 2022

Patients- Grand corps malade

"Je les verrai toujours comme des icônes de courage, mais pas un courage de héros, non, un courage subi, forcé, imposé par l'envie de vivre". 

Auteur: Grand Corps Malade

Genre: Biographie

Edition: Poche

Date de publication: 2012

Nombre de pages: 168

Synopsis: Ce livre raconte l'histoire de Grand Corps Malade (Fabien), plus particulièrement son passage de Fabien à Grand Corps Malade. Un passage qui lui a été imposé, un passage qui lui a été nécéssaire à sa survie. Fabien était avant tout Fabien mais depuis son accident, depuis sa tétraplégie, Fabien n'est plus uniquement Fabien, c'est un corps malade mais un Grand Corps Malade. C'est un corps qui se bat tout les jours pour survivre, pour guérir, pour être indépendant et autonome. Grand Corps Malade c'est un homme qui a vécu, qui a arrêté de vivre pendant quelques mois, mais qui s'est battu pour réveiller un corps qui n'était plus là, un corps qui l'avait abandonné. Ce livre est un roman biographique qui décrit avec une nette précision les détails de la vie d'un tétraplégique après un accident grave, qui décrit la vie dans un hôpital d'accueil pour les handicapés et qui décrit la vie en communauté avec des personnes plus ou moins touchées que vous. Ce roman est une hymne à l'espoir et à la vie, c'est un moyen de comprendre qu'un patient c'est avant tout un être patient qui sait que le chemin sera long, que le chemin sera difficile, que le chemin sera parsemé d'embuches et que parfois il n'y aura pas de bout à ce chemin mais il attend quand même, patiemment et impatiemment de ne plus être un patient.

Mon avis:

J'ai beaucoup aimé ce roman. C'est drôle quand on prend les deux mots "un patient" ça sonne "impatient" dans notre tête. Ainsi, être un patient ce n'est pas seulement acquérir l'art de la patience, c'est aussi être continuellement dans l'impatience d'aller mieux, de se rétablir, de ne plus être un patient. 

Je trouve que ce livre biographique de Grand Corps Malade reflète ces deux aspects du patient, un être à la fois patient et impatient. Un être tiraillé entre l'envie de vivre et de ne plus vivre, de tout arrêter, d'arrêter de se battre, de baisser les bras. 

C'est vraiment touchant de lire un livre aussi réaliste. C'est peut-être parce que c'est la réalité, la pure et triste réalité. La réalité des handicapés, des êtres dénués du moteur que la vie nous donne, notre corps. Ils sont privés de leur corps, ils sont privés d'un sens qui leur a été confisqué injustement, le temps d'une fraction de seconde, le temps d'une inspiration, d'une expiration, d'un battement de coeur, d'un clignement des paupières. Grand Corps Malade décrit avec un réalisme inouï son état physique et psychologique suite à son accident ainsi que celui de tous ses camarades souffrant autant ou moins que lui. Mais en réalité s'il y a une leçon que je retiens de ce roman c'est que dans le handicap il ne s'agit pas d'une question de qui est plus ou moins handicapé que l'autre, de qui souffre le plus, de qui a le plus de chance de s'en sortir, c'est une question de fraternité, de camaraderie, c'est la connaissance du chagrin et de la souffrance que peut ressentir l'autre. C'est une question de volonté, qui aura le plus de force et de volonté pour réussir à s'en sortir s'il a l'occasion et la chance de s'en sortir. 

"Quand l'envie de sourire redevient un instinct vital, quand on comprend que l'énergie ne se lit pas seulement dans le mouvement, parfois la vie nous teste et met à l'épreuve notre capacité d'adaptation, les cinq sens des handicapés sont touchés mais c'est un sixième sens qui les délivre. Bien au-delà de la volonté, plus fort que tout, sans restriction, ce sixième sens qui apparait, c'est simplement l'envie de vivre". 

Grand Corps Malade pousse le lecteur à s'imprégner de cet état d'esprit d'handicapé, et le pousse à comprendre qu'un handicapé c'est un être humain comme lui, c'était une personne avant d'être handicapé, c'est toujours la même personne en devenant handicapé et elle restera la même personne en n'étant plus handicapé. C'est juste que dans ces trois étapes il y a des petits changements qui ont lieu, des changements physiques, la personne devient handicapée donc privée de ses membres, de son corps mais elle redevient par la suite petit à petit maîtresse d'elle-même et réapprend à diriger son corps et le passage psychologique de la personne impatiente à un patient regrettant chaque jour son impatience, son goût trop vif pour la vie qui lui a coûté ses membres.  

Je conseille ce roman à toutes les personnes qui connaissent Grand Corps Malade, ce grand artiste, chanteur et slameur qui émerveille les foules avec ses textes toujours aussi percutants, profonds, touchants et poétiques. Mais je conseille aussi ce livre à tout le monde, à toutes les personnes qui souhaitent découvrir de plus proche la vie intérieure d'un handicapé, d'un patient ayant perdu le contrôle de son corps étant dépendant de tout un personnel médical. 

Ce livre m'a permis de mieux comprendre cette sensibilité et cette aura qui se dégage de Grand Corps Malade. J'ai toujours énormément apprécié ses oeuvres, ses chansons, ses textes mais j'avoue que ce n'est qu'en lisant son livre que j'ai appris que derrière ce Grand Corps Malade se cachait un grand coeur rayonnant de vie et de lumière qui a permis à ce dernier de surmonter et de vaincre son handicap même partiellement. Ce qui m'a aussi éclairé sur la personnalité de Grand Corps Malade et sur son âme d'artiste c'est un passage dans un de ses textes au début du roman, "Je dors sur mes deux oreilles". 

"J'ai constaté que la douleur était une bonne source d'inspiration, et que les zones d'ombre du passé montrent au stylo la direction. La colère et la galère sont des sentiments productifs, qui donnent des thèmes puissants, quoi qu'un peu trop répétitifs. À croire qu'il est plus facile de livrer nos peines et nos cris et qu'en un battement de cils un texte triste est écrit. On se laisse aller sur le papier et on emploie trop de métaphores, pourtant je t'ai déjà dit que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts". 

FUN FACTS: 

  • Le livre "Patients" a été adapté au cinéma le 1er mars 2017 par Grand Corps Malade et Mehdi Idir. 

mardi 11 octobre 2022

La Goûteuse d'Hitler- Rosella Posterino

"Comme si tout geste de survie nous exposait au risque de notre mort: vivre était dangereux et le monde un vaste piège".  

Auteur: Rosella Posterino

Genre: Roman 

Edition: Albin Michel

Date de publication: 11 Janvier 2018

Nombre de pages: 400

Synopsis: Ce livre raconte l'histoire d'une femme allemande "Rosa" qui du jour au lendemain se retrouve obligée de devenir une "goûteuse", la goûteuse d'Hitler. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les femmes des soldats allemands étaient obligées de contribuer d'une manière ou d'une autre. Beaucoup d'entre elles furent obligées de devenir les goûteuses d'Hitler. Ainsi, elles donnaient leur vie non pas à la nation comme leurs maris mais à Hitler, le commandant. Ces femmes acceptaient donc ce rôle pour survivre mais en devenant les goûteuses d'Hitler elles acceptaient aussi le risque de mourir. Ce livre retrace le rôle de goûteuse qu'a dû jouer Rosa, une allemande perdue, triste, désespérée et ne rêvant que d'une chose, s'enfuir et retrouver une vie normale. Entre romance interdite et haine d'Hitler, Rosa va découvrir que la vie n'est pas évidente et que des erreurs peuvent conduire à la mort, que des amies peuvent nous trahir et que des amants peuvent nous laisser tomber du jour au lendemain et choisir l'honneur à l'amour. 

Mon avis:

J'ai bien aimé ce roman. Je trouve que l'histoire est très originale. Le titre m'a interpellé quand je l'ai lu. Je trouve que la Seconde Guerre mondiale est une période fascinante de l'histoire et que l'on apprend beaucoup de choses la concernant à l'école ou à l'Université mais on en apprend rarement sur des réalités  passées sous silence, sur des histoires tombées dans l'oubli ou noyées par la force. 

La Goûteuse d'Hitler est un roman qui relate la vie de Rosa, une allemande qui devient une goûteuse d'Hitler par la force. Un devoir qu'elle a à accomplir en tant qu'allemande. Mais ce devoir la prive de toute liberté, de tout bonheur, de toute vie. Ce rôle de Goûteuse va l'aspirer, va la ronger, elle va se retrouver prisonnière de son propre corps, un corps qui ne lui appartient plus, un corps qui est au service de la vie d'un autre, celle d'Hitler. 

Le style d'écriture est agréable mais je trouve qu'il manque de rigueur et de profondeur. Ce que j'aime quand je lis un livre c'est aussi réfléchir sur des questions essentielles, analyser les sous entendus des phrases, tirer de belles phrases mais dans ce roman à part quelques phrases, je n'ai pas ressenti le besoin de m'attarder sur certains paragraphes pour en tirer des leçons de vie ou juste pour réfléchir dessus. 

Je trouve cela dommage mais j'ai beaucoup aimé cette lecture, c'est une lecture divertissante, intéressante et intrigante. Le personnage de Rosa est attachant même si je ne comprenais pas toujours ses choix, on ressens ce tiraillement entre le devoir de défendre sa nation et la haine que l'on peut ressentir pour les dirigeants de notre propre nation. 

Je conseille ce roman à toute personne qui aime les romans historiques mais aussi à toute personne qui souhaite découvrir un autre aspect de cette Seconde Guerre mondiale, un aspect qui est passé sous silence. Le métier de goûteuse n'étant que très peu relaté dans les livres d'histoires ou dans les témoignages des survivants de la guerre. 

FUN FACTS: 

  • La Goûteuse d'Hitler a gagné le prix Campiello en Italie. 

  • Ce roman est inspiré de la vie de Margot Wölk. 

mercredi 24 août 2022

Beach Read- Emily Henry

"That's the key to marriage. You have to keep falling in love with every new version of each other, and it's the best feeling in the whole world". 

Auteur: Emily Henry 

Genre: Roman 

Edition: Penguin Group 

Date de publication: 2020

Nombre de pages: 368

Synopsis: Ce livre raconte une histoire très originale. Une jeune femme de 29 ans du nom de "January" et un jeune homme de 29 ans du nom de "Augustus" sont deux écrivains qui se retrouvent un été dans la même ville et son liés par un même but, écrire un bestseller pour la rentrée. Ce que ces deux écrivains n'avaient pas prévus c'était de se rencontrer, une rencontre qui n'est pas réellement une rencontre étant donné qu'ils se connaissaient depuis bien longtemps. Cette rencontre va mener à une idée très spéciale, ils vont décider d'écrire chacun de leur côté un roman du style de l'autre, January, une romantique dans l'âme va donc se donner le défi d'écrire un roman plutôt réaliste sans une fin heureuse et Augustus, un réaliste qui ne crois pas aux fins heureuses se donne le défi d'écrire un roman romantique avec une fin heureuse. Pour relever ce défi, les deux écrivains vont organiser chacun à leur tour des rendez-vous afin d'apprendre à mieux connaitre l'autre, pour s'imprégner encore plus de son style d'écriture et de sa façon de voir les choses. 

Mon avis:

C'est un roman qui m'a été offert par mon amie qui est aussi une grande lectrice, Sara Kadi et je la remercie de ce cadeau. 

J'ai bien aimé ce livre. Je trouve que l'histoire est très originale. Le fait que les deux protagonistes se donnent le défi d'écrire un roman avec le style de l'autre est très intrigant. C'est un concept qui cache une petite morale, comme quoi, un auteur n'est pas obligé de rester cantonner à son style d'écriture, à son genre, à ce qu'il aime, il peut être emmener à explorer d'autres choses, d'autres univers et d'autres genres. 

Un auteur est donc complet. Il peut choisir de se cantonner à ce qu'il fait le mieux, écrire ce qu'il pense, ce qu'il aime mais il peut aussi choisir le risque, de sauter dans le vide pour explorer de nouveaux territoires inconnus, pour découvrir peut être une nouvelle façon de voir les choses et écrire différemment. 

Ce que j'ai bien aimé dans ce roman c'est aussi le changement de temps. L'alternance entre le présent et le passé. Ça pousse le lecteur à vouloir connaitre le pourquoi du comment. À mieux comprendre les personnages, leurs actes et leurs comportements, connaitre leur vécu pour mieux comprendre leur présent et moins les juger. 

L'alchimie entre les personnages est très belle et laisse le lecteur dans cette attente de connaitre la suite. 

Je trouve que ce roman est fait pour décompresser, pour le lire au bord de la plage comme le titre "Beach Read", c'est un roman qui n'est pas prise de tête, on passe un agréable moment à le lire et l'histoire d'amour qu'il met en scène pourrai plaire à de nombreuses âmes romantiques. 

FUN FACTS:

  • Beach Read est le bestseller de 2020 d'après le New York Times. 


samedi 20 août 2022

Oliver Twist-Charles Dickens

"Some people are nobody's enemies but their own, yer know".

"Such is the influence which the condition of our own thoughts, exercices even over the appearance of external objects. Men who look on nature, and their fellow-men, and cry that all is dark and gloomy, are in the right but the sombre colors are reflections from their own jaundiced eyes and hearts. The real hues are delicate, and need a clearer vision". 

Auteur: Charles Dickens

Genre: Roman

Edition: Collectable Classics Complete and Unabridged

Date de publication: 1837

Nombre de pages: 581

Synopsis: Ce livre raconte l'histoire ou plutôt les aventures d'un jeune orphelin de l'âge de 10 ans du nom d' "Oliver Twist". Cet orphelin a vécu pendant dix ans dans la misère dans un orphelinat de l'Angleterre Victorienne, mal nourri et exploité il est placé dans une entreprise de pompes funèbres où il ne connaitra que privations. Ce qui le poussa un jour à s'enfuir vers Londres. Affamé et épuisé il est recueilli par une bande de voleurs qui le poussera à voler et à devenir un vrai bandit. Arrêté pour une tentative de vol qu'il n'a pas commis il tombe dans les grâces de M. Brownlow, celui qui s'est fait volé. Toutes les aventures d'Oliver Twist mèneront à un événement précis, un dénouement, celui de la vérité sur son histoire, sur ses parents et sur sa vie. 

Mon avis:

J'ai beaucoup aimé ce roman. Je trouve que Charles Dickens fait partie des auteurs qui écrivent le mieux. Il possède deux attributs qui font de lui un auteur aussi célèbre. C'est un auteur qui manie parfaitement bien l'art de l'écriture. Il a sont style particulier et il décrit les choses avec une profondeur et une sincérité étonnante et c'est un auteur qui utilise son talent au service des hommes en cloturant ses romans toujours avec une morale. 

Oliver Twist est non seulement un roman qui tourne autour des aventures d'un orphelin mais c'est aussi un roman qui nous montre la cruauté de la pauvreté, comment la misère conduit au mal et comment la soif de l'argent et de la richesse conduit aux pires atrocités. 

Ce que j'ai aimé dans ce roman c'est la diversité des intrigues et des histoires. Le lecteur suit tout le cheminement des aventures d'Oliver. Que ce soit dans l'orphelinat, à Londres, dans la demeure des bandits, dans la demeure de ses bienfaiteurs. À chaque nouvel obstacle on apprend une nouvelle sur l'histoire d'Oliver et sur sa famille. Ce roman est donc comme un roman policier, le but est de savoir pourquoi Oliver est poursuivit, pourquoi il a été abandonné et pourquoi il suscite l'intérêt des bandits. 

J'ai beaucoup aimé la manière avec laquelle Charles Dickens décrit les personnages. C'est un effet immerssif que le lecteur subit. À chaque ligne, encore plus de détails sur le physique mais aussi sur la personnalité et les vices des personnages, ce qui permet au lecteur de se fondre encore plus dans l'histoire jusqu'à devenir un élément du décor, un élément du tableau qui reconstitue la vie d'Oliver Twist. 

C'est le lecteur qui est au courant avant Oliver de l'histoire de ce dernier. C'est le lecteur qui cherche à assembler les pièces du puzzle et qui cherche à comprendre d'où vient Oliver et pourquoi on le recherche. C'est comme une enquête, Oliver est le personnage principal, la victime, et le lecteur est l'assistant de l'enquêteur ou du détective. 

C'est un roman qui peut paraitre enfantin aux premiers abords, étant donné qu'il s'agit d'un roman qui met en relief les aventures d'un orphelin de l'âge de dix ans mais c'est bien plus que cela. C'est un roman qui regorge de leçons de vie, de belles phrases, de passages intéressants et philosophiques et qui cache en lui d'innombrables accusations et satyres de la société. 

FUN FACTS:

  • Pour écrire Oliver Twist, Charles Dickens s'est inspiré de sa propre vie. Il a utilisé les noms de deux personnes qui le harcelaient pendant son premier travail, "Bill" et "Fagin". 

  • Oliver Twist s'inspire de la vie de Charles Dickens. Lorsque son père a été en prison, Charles Dickens a dû travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Une partie de son enfance lui a été volée. Il s'est retrouvé à travailler dans des conditions terribles, seul et exploité. 

  • Oliver Twist a été rédigé en réaction à une loi inhumaine votée à l'époque. "The Poor law", une loi qui a été votée par le Parlement en 1834, cette loi a détruit des familles, et a obligé les pauvres à vivre dans des maisons de travail et à subir des travaux forcés. 

  • Il y a eu une comédie musicale qui a ete crée en s'inspirant du roman "Oliver Twist" , une comédie musicale qui a eu beaucoup de succès et qui a ete joue en plus de 20 langues. 

  • La comédie musicale sortie en 1968 a gagné cinq Academy Awards dont "Best Picture". 




 

lundi 15 août 2022

The Bell Jar- Sylvia Plath

"I felt my lungs inflate with the onrush of scenery, air, mountains, trees, people. I thought, "This is what it is to be happy". 

Auteur: Sylvia Plath

Genre: Roman

Edition: Faber and Faber

Date de publication: 1963

Nombre de pages: 237

Synopsis: Ce livre raconte l'histoire d'une jeune femme "Esther Greenwood", qui a gagné un stage au sein d'un journal de mode à New York en 1953, elle pense qu'elle pourra grâce à cette opportunité devenir l'écrivaine qu'elle a toujours rêvée d'être. Cependant, lors de son introduction à la société, aux fêtes, aux cocktails, aux piles de manuscrits, elle va tomber, tomber, tomber, jusqu'à tomber en dépression. Une dépression qui la mènera à des tentatives de suicide. Ce personnage introverti ne va pas se sentir à sa place dans ce monde de manipulateurs et de superficiels. C'est un roman que Sylvia Plath a écrit juste avant sa mort. 

Mon avis:

Ça m'a pris du temps pour accrocher à l'histoire ou même pour être touchée par l'histoire de ce roman mais je l'ai beaucoup aimé. C'est un roman qui a eu un énorme succès suite à sa publication pour deux raisons essentielles. Tout d'abord, c'est un roman qui dépeint parfaitement bien la société américaine des années 1950. Cette société remplie de gens superficiels, arrogants, manipulateurs et opportunistes. Une société où il était difficile pour les femmes de faire leur place, de devenir quelqu'un et de réaliser quelque chose. 

De plus, ce roman est très apprécié par le public suite aux thématiques qu'il met en oeuvre. Notamment la thématique du suicide et de la dépression. Tout ce roman est inspiré partiellement de la vie de Sylvia Plath, elle montre donc à travers ce roman qu'elle n'a publié que quelques mois avant sa mort que la dépression est un vrai problème, un problème grave, une maladie dont il est très difficile de s'en sortir.

Sylvia Plath créé donc un personnage "Esther Greenwood" à son image. une jeune femme introvertie, talentueuse, pleine de promesses mais qui malheureusement se heurte aux mentalités patriarcales et conservatrices de son époque. Une femme talentueuse à cette époque n'avait pas sa place et n'avait pas le droit de briller. 

Ce que j'ai le plus aimé dans ce roman c'est surtout la manière avec laquelle il est écrit. À aucun moment je n'ai ressenti un jugement ou un avis apporté par l'auteur, à aucun moment les personnages jugent ou critiquent des événements qui se passent dans leur vie ou dans la société, c'est toujours très subtil, le lecteur le comprend par lui même et le juge par lui même. Il a le droit de juger le comportement d'Esther même si c'est le personnage principal, il a le droit d'analyser les comportements odieux des gens de la société et il a le droit d'interpréter l'oeuvre comme il l'entend. 

J'ai beaucoup apprécié aussi le fait que Syvia Plath contrôle très bien les ficelles de son roman, et les ficelles du lecteur, elle l'entraine au fur et à mesure là où elle veut qu'il arrive. Son but n'est pas de toucher le lecteur tout le long du roman mais de l'emmener à cette conclusion touchante, à cette derniere phrase qui résume le livre et qui veut tout dire. Elle mise donc sur le réalisme, le réalisme cru, le réalisme qui dégoûte parfois mais qui est nécessaire afin d'aborder au mieux des thématiques lourdes comme le suicide ou la dépression. C'est grâce à ce cheminement d'événements insignifiants parfois et à des éléments de la vie d'Esther que le lecteur comprend son mal être, il comprend sa dépression et sa solitude. Il comprend que c'est pour plein de raisons qu'Esther est devenue ce qu'elle est devenue, une coquille vide, un être malheureux et triste, fatigué de vivre. 

Je recommande ce roman à tout le monde, je trouve que c'est un roman essentiel qui nous permet de mieux comprendre la dépression et le suicide, d'une manière très subtile sans jamais rentrer dans tous les détails psychologiques. N'importe qui peut comprendre la difficulté de cette maladie et son caractère parfois fatal.

“I took a deep breath and listened to the old brag of my heart. I am, I am, I am.” 

FUN FACTS:

  • "The Bell Jar" n'a trouvé aucun éditeur de son temps. Il n'a été publié que trois ans après la mort de Sylvia Plath. 

  • "The Bell Jar" a été publié sous le pseudonyme de Sylvia Plath, "Victoria Lucas". La raison pour laquelle elle n'a pas publié son oeuvre son son vrai prénom c'est parce qu'elle ne voulait pas que sa famille soit affectée par cette publication étant donné que ce roman s'inspire partiellement de sa vie. 



samedi 6 août 2022

Le handicap comme moteur artistique

J'ai toujours voulu écrire un article sur le handicap des artistes. Je trouve fascinant le fait de voir le handicap comme un moteur alors que par définition le handicap est un problème moteur. L'art est donc une façon de rendre aux artistes handicapés leur vie "normale". 

Une belle manière de montrer que le handicap peut être une source de beauté et de création artistique. 

Je vais ainsi traiter le handicap dans deux domaines particuliers, d'un côté le handicap des auteurs et de l'autre le handicap des peintres. 

1- Le handicap des auteurs:

Emily Dickinson: 

Emily Dickinson est une poétesse qui a souffert toute sa vie de migraines terribles et de problèmes de vue. Certains même disent qu'elle souffrait d'épilepsie. Cette derniere est un exemple que le handicap est une source d'inspiration et de talent parce qu'elle a écrit un poème au sujet de son handicap, les migraines. 

I felt a Funeral, in my Brain,
And Mourners to and fro
Kept treading - treading - till it seemed
That Sense was breaking through -

And when they all were seated,
A Service, like a Drum -
Kept beating - beating - till I thought
My mind was going numb -

And then I heard them lift a Box
And creak across my Soul
With those same Boots of Lead, again,
Then Space - began to toll,

As all the Heavens were a Bell,
And Being, but an Ear,
And I, and Silence, some strange Race,
Wrecked, solitary, here -

And then a Plank in Reason, broke,
And I dropped down, and down -
And hit a World, at every plunge,
And Finished knowing - then -

Le simple titre de ce poème, "J'ai senti un enterrement dans ma tête" est très révélateur. Tout le long de ce  poème, Emily Dickinson décrit l'affreusité de son handicap, de sa maladie, mais ce qui est extrêmement fascinant c'est le fait qu'Emily décrit sa maladie de façon très esthétique, très belle, ca devient presque un euphémisme de ce qu'elle ressent. Elle rend sa maladie "belle" en quelque sorte même si les lignes de son poème veulent dire le contraire, liées ensemble, elle créent un sentiment d'impuissance, de désespoir, de tristesse mais un sentiment qui est beau malgré tout. Ainsi, pour Emily Dickinson, écrire était plus important que vivre et la maladie n'avait aucun impact sur ses poèmes, sur son art, au contraire c'était une source d'inspiration pour son art, un moyen de pousser jusqu'au fond d'elle-même pour en ressortir des sentiments de douleur, de colère, d'impuissance. 

Emily Dickinson est la preuve que souffrir d'un handicap est certes terrible au quotidien mais il peut aussi servir à developper ses capacités intellectuelles, artistiques pour créer de la beauté autour de soi et s'auto-convaincre que ce n'est pas aussi grave que ça en a l'air. Emily estimait que tant que son handicap n'atteignait pas son écriture et sa capacité à écrire et à produire des oeuvres d'art, elle n'y prêtait pas attention et le voyait positivement au lieu de s'arrêter au fait accomplit et de souffrir encore plus. 

Charles Baudelaire:

Baudelaire est un autre exemple que le handicap peut être une source d'inspiration. Ce dernier souffrait de deux graves problèmes, il souffrait d'une dépendance à l'opium et d'un trouble mental "la bipolarité". Cependant, malgré le fait que dans notre vie de tous les jours nous avons tendance à croire que ces deux problèmes sont des "malédictions". Pour Baudelaire, ces deux problèmes étaient ses "muses". En effet, sa bipolarité et sa dépendance à l'opium laissaient place à sa créativité et à son génie. De nouvelles portes artistiques s'ouvraient à lui lorsqu'il consommait cette drogue et son trouble bipolaire l'aidait à voir le monde différemment en fonction de son état d'esprit, s'il était triste, il exprimait dans ses écrits sa tristesse et s'il était heureux, il exprimait dans ses écrits sa joie. Mais cette bipolarité le poussait à aller dans deux extrêmes l'extrême tristesse ou bien l'extrême joie ce qui mettait encore plus en valeur ses ressentis et lui permettait de mettre sur papiers ces élans temporaires mais intenses d'émotions aussi fortes les unes que les autres. 

2- Le handicap des peintres:

Frida Kahlo:

Frida Kahlo est l'exemple même que le handicap est une source d'inspiration, plus que ça un défi à relever et une manière de voir les choses. Toute sa vie Frida Kahlo a souffert de la maladie "poliomyélite", elle était à moitié paralysée et bien qu'elle soit paralysée physiquement ça ne l'a pas paralysé de se remettre à la peinture. 

Elle s'est battue chaque jour pour peindre et pour exprimer son handicap à travers ses tableaux, elle n'a jamais eu honte de son handicap, au contraire elle a choisi de l'exprimer dans ses oeuvres, dans ses tableaux, d'en faire sa force et sa particularité. Frida Kahlo était donc une artiste qui représentait son handicap comme un cadeau plutôt qu'une fatalité. 

Frida Kahlo exprimait son mal-être dans ses oeuvres, la peinture fut sa bouée de sauvetage, son exutoire. 

Elle affirmait même que "On me présentait comme une surréaliste, mais je ne l'étais pas. Je n'ai jamais peint de rêves, j'ai peint ma réalité". 

Cette dernière a même peint un tableau représentant son accident de bus, un drame qui l'a détruite physiquement et moralement, un drame qui ne l'a pas laissé indemne. Dans le tableau "La colonne brisée" (1944), Frida se représente le corps perforé de clous, la colonne vertébrale apparente. Ainsi, le désert derrière elle ne peut représenter que la solitude qui l'entourait suite à cet accident, cette douleur et cette souffrance très vaste qui l'empêchait d'être libre comme elle le voulait, comme elle en avait toujours rêvé. Frida Kahlo ne pouvait partager sa souffrance physique qu'à travers ses oeuvres, ainsi, grâce à son talent, elle était moins seule, elle arrivait à communiquer sa détresse aux gens à travers ses peintures, le plus souvent des autoportraits.



Claude Monet:

Claude Monet est un artiste qui vers la fin de sa vie a eu un très grand handicap. Il a eu des problèmes de vue, une maladie qui s'appelle la cataracte. Suite à cette maladie, Monet a été contraint de se replier chez lui, dans sa maison à Giverny, il ne voyait plus très bien les couleurs et c'est grâce à ce handicap que Moent a peint ses plus belles oeuvres d'art, les nymphéas sont un produit de ce handicap. Ainsi, avec Monet, son handicap a été une source artistique, une inspiration, un moyen de voir différemment ce qu'il ne pouvait pas voir. L'artiste est avant tout artiste parce qu'il voit le monde différemment, il s'approprie les choses réelles à sa manière et reconstruit toutes les choses qui existent. Ainsi, Monet grâce à son handicap s'est encore plus rapproché de cette vision de l'artiste. 

"Je vois bleu, je ne vois plus le rouge, je ne vois plus le jaune, ça m'embête terriblement parce que je sais que ces couleurs existent, parce que je sais que sur ma palette, il y a du rouge, du jaune, il y a un vert spécial il y a un certain violet, je ne les vois plus comme je les voyais dans le temps, et pourtant je me rappelle très bien les couleurs que ça donnait".


                                                     Avant la cataracte (le bassin aux nymphéas) 


Après la cataracte (le bassin aux nymphéas)