samedi 2 septembre 2023

L'Éducation sentimentale- Flaubert

 " L'action, pour certains hommes, est d'autant plus impraticable que le désir est plus fort. La méfiance d'eux-mêmes les embarrasse, la crainte de déplaire les épouvante, d'ailleurs, les affections profondes ressemblent aux honnêtes femmes, elles ont peur d'être découvertes, et passent dans la vie les yeux baissés". 



Auteur: Gustave Flaubert

Genre: Roman

Edition: Folio

Date de publication: 1869 

Nombre de page: 557

Synopsis: Ce roman comme son titre l'indique relate la vie sentimentale d'un homme banal, "Frédéric Moreau". Cette vie sentimentale est décrite dans le contexte d'une jeunesse idéalisée à l'aube de la révolution. Flaubert explore les dessous de nombreux sentiments humains, que ce soit la peur, l'amour, la passion, la loyauté, la tromperie, l'égoïsme ou l'ambition. Ce roman est avant tout et surtout une ode à l'amour, le vrai, un amour qui ne s'estompe pas avec le temps et qui devient de plus en plus fort à mesure des obstacles et des embûches qui viennent à son encontre. 

Mon avis:

Je tiens à partager avec vous la raison pour laquelle j'ai souhaité lire ce roman en espérant que cette même raison vous poussera vous aussi à le découvrir. La raison pour laquelle j'ai voulu lire ce roman trouve sa source dans le discours d'un professeur de littérature à ses élèves dans une série. En effet, ce dernier leur a dit " L'Éducation sentimentale est un de mes romans préférés malgré le fait que beaucoup de personnes ne partagent pas mon avis. Pour la majorité des gens, ce livre est un livre qui n'a aucun intérêt étant donné qu'il ne se passe rien tout le long du roman, il est lent et ennuyant. Or, je trouve que ce roman renferme un charme inégalable. Il explore l'éventualité du " et si" et l'opportunité d'agir pour un futur meilleur qui ne sera jamais saisie au fil du roman. Ainsi, que ce soit l'éventualité d'une carrière exceptionnelle et reconnue, d'une relation amoureuse passionnelle et sincère ou l'acquisition d'une place dans la société après des meilleurs, toutes ces éventualités ne seront jamais réalisées". 

C'est précisément à la lecture de ce discours que j'ai lu ce roman et que j'ai pu en apprécier chaque passage. Flaubert a la capacité de rendre des personnages communs, menant des vies banales, intéressants et attachants. Je me suis attachée au personnage de Frédéric mais cet attachement a pris du temps. Ainsi, j'ai commencé ma lecture en ne comprenant pas toujours les choix de ce personnage, en espérant qu'il agisse d'une certaine manière, puis, au fil de ma lecture j'ai commencé à mieux le cerner et j'ai terminé le roman en comprenant les causes de ses actions et plus précisément les causes de son manque d'action. 

De plus, ce qui est d'autant plus intéressant dans ce roman ce sont les thèmes abordés et les messages transmis. Que ce soit le thème de la politique, de la passion, de l'amour, de la lâcheté, de l'abandon, de l'égoïsme, ils ont tous en commun une chose, ils sont empreints d'une vérité dure à assimiler mais qui n'est autre que la triste réalité. 

Ainsi, Flaubert dépeint le 19ème siècle tel qu'il était, dans sa vivacité comme dans sa décadence et décrit avec un réalisme déconcertant les failles d'un amour véritable, d'un amour qu'on croyait intouchable. La faille principale explorée dans ce roman étant " la vieillesse" et l'effet écrasant du temps qui passe sur l'intensité des sentiments.

Je conseille ce roman à toutes les personnes qui souhaitent vivre un moment de grâce, de douceur, de lenteur. C'est une lecture qui prend du temps, qu'il faut savourer page par page pour bien s'imprégner de l'univers. Vous ne serez pas déçu! 

FUN FACTS: 

  • "L'Éducation sentimentale" comporte de nombreux éléments autobiographiques, telle la rencontre de Madame Arnoux, inspirée de la rencontre de Flaubert avec Élisa Schlésinger, l'amour de sa vie. 

La chamade- Françoise Sagan

"Voyez-vous, Lucile, vous me reviendrez : Je vous aime pour vous. Antoine vous aime pour ce que vous êtes ensemble. Il veut être heureux avec vous, ce qui est de son âge. Moi, je veux que vous soyez heureuse, indépendamment de moi. Je n'ai qu'à attendre."

Auteur: Françoise Sagan 

Genre: Roman 

Edition: Poche 

Date de publication: 1965

Nombre de pages: 234 

Synopsis: Ce livre raconte l'histoire d'une jeune femme du nom de Lucile, une femme enfant qui fait des choix dans sa vie qui ne sont pas toujours les meilleurs, les faisant toujours avec instinct et innocence. Ce roman tourne plus précisément autour de la vie sentimentale de Lucile, de son dilemme cornélien entre le choix de la raison, de la maturité et de la sécurité et le choix du coeur, de l'inconnu, de la fougue mais de la démesure. 


Mon avis: 

J'aime énormément le style d'écriture de Françoise Sagan. Je trouve qu'elle a quelque chose d'unique, de propre à elle, son élégance. Pour moi, cette dernière arrive à décrire  des événements, des sentiments quotidiens et des vies tout à fait banales tout en subtilité et délicatesse. 

Ce que j'ai aimé dans ce roman c'est la manière dont est menée et construite l'histoire. Le roman commence par la description d'une vie de couple atypique, une jeune femme de 30 ans qui partage la vie ennuyante d'un quinquagénaire du nom de Charles. Puis de nombreux rebondissements entrent en jeu, que ce soit de nouvelles rencontres, la naissance de nouveaux sentiments et l'extinction d'autres. Le roman se termine sur une touche d'inattendue malgré la logique derrière. 

J'ai passé un très bon moment lors de ma lecture. La plume de Sagan est fluide et crue. Elle n'hésite pas à décrire les choses telles qu'elles sont ce qui permet encore plus de crédibilité et de réalisme. Le lecteur peut se voir dans les personnages et se reconnaitre dans leurs histoires. 

Je trouve que cette lecture est une lecture d'été, de vacances, elle détend tout en traitant d'un thème récurrent et prédominant dans notre société qui n'est autre que la place de l'argent et de la stabilité financière dans un couple. 

"Ils savaient aussi que ce moment était exceptionnel et que rien de mieux ne pouvait être donné à un être humain que la découverte de son complément. Imprévisible, mais à présent inéluctable, la passion physique allait faire, de ce qui aurait pu être, entre eux une passade - une véritable histoire."

FUN FACTS: 

  • Le livre s'intitule "la chamade" pour une raison particulière qui est expliquée plus tard dans le roman. Cette raison est le fait que la chamade signifie un roulement de tambour qui annonce les défaites. Cette signification est intéressante vu qu'elle est en contradiction avec le sentiment amoureux qu'est la chamade qui n'est autre que le fait de sentir son coeur battre très rapidement suite à l'intensité des sentiments éprouvés. 

  • Ce roman a été adapté au cinéma en 1968 par Alain Cavalier. 

samedi 5 août 2023

Dossier spécial Emily Dickinson



 

1er Article: Emily Dickinson ou plutôt "Dame nature":

Le thème de la "nature" est prédominant et déterminant dans les poèmes d'Emily Dickinson. 

 


Le lien indéniable que cette autrice entretenait avec la nature puisait sa source de plusieurs raisons. En effet, ce lien remonte tout d'abord à son enfance marquée par sa bonne éducation en sciences, botanique, zoologie, géologie et astronomie. De plus, elle a notamment lu énormément d'ouvrages et de journaux relatifs à la nature sans oublier le fait que sa fleur préférée était la rose "Rosalia". Cette fleur est particulière étant donné qu'elle dépend d'une autre fleur prénommée la "Indian pipe plant". Une fleur qui est blanche, difficile à trouver et qui pousse dans des endroits sombres à l'aide de matières organiques biodégradables. Ainsi, Emily affirmait son amour pour cette fleur qui comme elle renaissait à chaque fois de ses cendres. 



Emily Dickinson a écrit plus de 500 poèmes sur la nature au cours de sa vie. Même si cette dernière n'a  pas pu percer le mystère que revêtait la nature, elle a toujours insister pour partager ses ressentis à son sujet afin de transformer le paysage extérieur qui l'entourait en paysage intérieur, son paysage intérieur. Pour Emily, la nature était primordiale dans sa vie, c'était sa source de survie et sa raison de rester en vie. Elle puisait son inspiration dans ce qui l'entourait, dans les doux comme dans les sombres paysages, dans les animaux domestiques comme les animaux sauvages, dans les fleurs comme dans les plantes, dans la lune, dans le vent et dans le soleil. Tout ce qui touchait à ses sens lui était d'une importance vitale. 

Il est indéniable que c'est le rapport qu'entretenait Emily avec la nature qui m'a subjugué et captivé au premier abord. Cette sensibilité naturelle m'a touchée et continue à me toucher à chaque lecture de ses poèmes.  Je ressens continuellement une profondeur émanant de ses vers, une profondeur qui tire son essence des racines des arbres pour s'étendre jusqu'aux feuilles des arbres. 

En outre, ce qui me fascine dans les poèmes d'Emily c'est surtout la complexité qui se cache derrière la simplicité des mots et des vers. Un vers peut dire tout son contraire et c'est au lecteur de lire entre les lignes afin de déceler le vrai message et le vrai sens qui se cache derrière ce poème. 

Ce qu'il faut surtout retenir des poèmes d'Emily c'est son amour et sa passion pour les abeilles, "Bees". En effet, cette dernière s'identifiait en quelque sorte aux abeilles, que ce soit de par leur aspect discret mais imposant, leur travail acharné, leur beauté dangereuse ou par le fait qu'elle soient destinées à mourir, tout comme elle. 



Quelques poèmes d'Emily Dickinson: 

Nature is what we see 

" Nature is what we see, 

The Hill-The Afternoon

Squirrel-Eclipse-The Bumble bee 

Nay- Nature is Heaven 

Nature is what we hear 

The Bobolink the Sea 

Thunder- the Cricket 

Nay- Nature is Harmony 

Nature is what we know 

Yet have no art to say 

So impotent Our Wisdom is 

To her Simplicity". 


Nature rarer uses yellow 

"Nature rarer uses yellow 

Than another hue 

Saves she all of that for sunsets 

Prodigal of blue, 

Spending scarlet like a woman

Yellow she affords 

Only scantly and selectly,

Like a lover's words". 


A Bird came down the walk 

"A Bird, came down the Walk - 

He did not know I saw -

He bit an Angle Worm in halves

And ate the fellow, raw, 
 
And then, he drank a Dew

From a convenient Grass -

And then hopped sidewise to the Wall

To let a Beetle pass -
 
He glanced with rapid eyes,

That hurried all abroad -

They looked like frightened Beads, I thought,

He stirred his Velvet Head. - 
 
Like one in danger, Cautious,

I offered him a Crumb,

And he unrolled his feathers, 

And rowed him softer Home -
 
Than Oars divide the Ocean,

Too silver for a seam,

Or Butterflies, off Banks of Noon,

Leap, plashless as they swim". 

Ce poème traite de la séparation entre le monde de l'homme et le monde de la nature. Il est impossible de lier les deux indéfiniment dû à la menace que constitue l'homme pour les éléments de la nature notamment pour les oiseaux. Ressentant la peur de cette menace, l'oiseau quitte le monde humain pour son habitat naturel, l'air où il est en sécurité.  

De plus, Emily aime beaucoup les couchers de soleil comme son poème " She sweeps with many colored-brooms". 

" She sweeps with many colored 

Brooms

And leaves the Shreds behind

Oh Housewife in the Evening West 

Come back, and dust the Pond!". 


Like her the Saints retire 

"Like her the Saints retire, 

In their Chapeaux of fire, 

Martial as she!

Like her the Evenings steal

Purple and Cochineal 

After the Day! 

"Departed" both they say!

i.e. gathered away, 

Not found,

Argues the Aster still 

Reasons the Daffodil 

Profound!"


2ème article: Emily Dickinson et la mort: 

La particularité d'Emily Dickinson est le fait qu'elle soit une autrice hantée par la mort. Cependant, cette hantise de la mort ne se traduit pas uniquement par une peur mais aussi par une fascination. En effet, cette obsession envers la mort est illustrée dans de nombreux poèmes d'Emily. 

C'est en donnant une forme esthétique à la mort en la personnifiant qu'Emily parvient à dominer et à contrôler la mort. De plus, malgré le fait qu'Emily croyait en un au-delà et savait que la mort lui était inévitable, elle n'a cessé de s'interroger sur la nature même de la mort tout au long de sa vie. 

Cet attachement qu'avait Emily pour la mort était dû très probablement au fait que cette dernière ait subi plusieurs pertes au sein de son entourage que ce soit les membres de sa famille, comme la mort de son père ou de sa mère ou encore la mort de ses amis les plus proches mais aussi dû au fait qu'elle a été confronté très tôt à l'imminence de sa mort suite à sa maladie qui était la maladie de "Bright". Elle souffrait de maux de têtes terribles mais aussi de troubles visuels ce qui a fortement altéré sa perception de la vie. 

" I heard a Fly buzz- when I died 

The Stillness in the room

Was like the Stillness in the Air

Between the Heaves of Storm". 


Because I could not stop for Death 

" Because I could not stop for Death 

He kindly stopped for me

The Carriage held but just Ourselves 

And Immortality. 

We slowly drove He knew no haste

And I had put away 

My labor and my leisure too 

For his Civility 

We passed the School, where Children 

strove 

At recess in the ring

We passed the fields of gazing grain

We passed the setting sun 

Or rather he passed us 

The dews drew quivering and chill 

For only Gossamer my gown 

My tippet only tulle 

We paused before a house that seemed 

A swelling of the ground 

The roof was scarcely visible

The Cornice in the ground

Since then 'tis Centuries and yet 

Feels shorter than the day 

I first surmised the Horses Heads 

Were toward Eternity". 


3ème article: La vie amoureuse d'Emily Dickinson: 

" Wild nights- Wild nights!

Were I with thee

Wild nights should be

Our luxury!". 

Emily Dickinson ne s'est jamais mariée. Cependant, cette dernière a vécu le véritable amour comme l'illustre ses nombreux poèmes aux innombrables destinataires comme Samuel Bowles, un ami de la famille, William Smith Clark, un scientifique et un éducateur d'Amherst, Charles Wadsworth, un prêtre et enfin Susan Dickinson. 

Cependant, malgré le fait que la vie amoureuse d'Emily Dickinson reste un mystère aux yeux des lecteurs, Martha Dickinson Bianchi, la fille de Susan Dickinson a pu nous éclairer sur la nature de la relation que nouait sa mère, Susan Dickinson avec Emily. En effet, cette dernière confirme que sa maman était très proche d'Emily et confirme la probabilité de leur histoire d'amour passionnelle et fusionelle. 

Ce qui est fascinant c'est que cette relation s'entretenait uniquement par des correspondances continues entre les deux jeunes femmes qui s'avouaient leurs sentiments et déclaraient leur amour à travers des métaphores et des figures de style. Leur amour était donc enfermé dans de la prose, naviguant entre les rimes de poèmes enflammés destinés à être lu et compris uniquement et exclusivement par les principales concernées. 

Je trouve que cette relation secrète s'apparente également à certaines relations d'aujourd'hui, condamnées à rester secrètes par peur du jugement extérieur. En effet, Emily n'a jamais avoué qu'elle était lesbienne ou bisexuelle, ce n'est qu'à travers ses lettres que le lecteur peut déduire cette partie d'elle. 





vendredi 21 juillet 2023

Daisy Jones and the Six- Taylor Jenkins Reed

 " She had written something that felt like I could have written it, except I knew I couldn't have. I wouldn't have come up with something like that. Which is what we all want from art isn't it? When someone pins down something that feels like it lives inside us? Takes a piece of your heart out and shows it to you?It's  like they are introducing you to a part of yourself. And that's what Daisy did with that song. At least for me". 

Auteur: Taylor Jenkins Reed

Genre: Roman 

Edition: Penguin 

Date de publication: 2019 

Nombre de pages: 378 

Synopsis: Ce livre est une fiction historique qui retrace l'histoire d'un groupe de rock dans les années 70. Ce roman tourne autour de la formation de ce groupe allant de ses débuts difficiles à sa période de gloire jusqu'à sa déchéance la plus totale menant progressivement à sa dissolution. Jenkins Reed mêle ainsi la musique à l'amour et à la célébrité excitante mais éphémère.

Mon avis:

"Immersif". Pour moi, ce mot résume parfaitement bien mon état d'esprit tout le long de ma lecture de ce roman. Je me suis imprégnée page après page, phrase après phrase, mot après mot de l'ambiance, des personnages, des chansons et de l'histoire. 

Ce qui a rendu ma lecture aussi " immersive" est principalement dû au fait que ce livre est écrit sous la forme d' "interview". Cette façon d'écrire a permis de dépeindre une image réelle de chaque personnage fictif. J'ai pu m'imaginer chaque interaction entre les personnages ainsi que chaque absence d'interaction. Ce qui est fascinant et intriguant dans ce roman c'est surtout les "non-dits". En effet, chaque passage, chaque réponse apportée par les différents personnages renferme un sens caché, une part d'ombre que le lecteur peut subtilement deviner. 

Prenons l'exemple de l'histoire d'amour entre Daisy et Billy. Cette relation est implicite au fil du roman même si elle est évidente aux yeux du lecteur. Il n'y a jamais eu aucune description de marques d'affection ou d'aveux de sentiments. Tout nous laissait croire qu'ils étaient follement amoureux l'un de l'autre mais le lecteur n'en a jamais eu la certitude. C'est donc au lecteur que revient le rôle d'interprétation, il doit imaginer ce qu'il s'est passé et ce qui aurait pu se passer. 

Ce qui est intéressant dans ce roman c'est le fait que le lecteur a le point de vue de chaque personnage concernant un seul et même évènement. On ne sait pas qui dit la vérité, qui cache quelque chose et qui omet de dire quelque chose afin de le retourner à son avantage. Au final, ce n'est pas l'auteur qui raconte l'histoire de ses personnages, ce sont les personnages qui racontent leur histoire. 

J'ai vraiment profité de ma lecture en prenant mon temps. En effet, un bon livre ce n'est pas seulement lorsque le lecteur a envie de connaitre la suite à tout prix, c'est aussi et surtout quand il n'a pas envie de terminer le roman. 

Ce qui reste le plus marquant à mes yeux c'est l'histoire d'amour entre Billy et Daisy Jones. Une relation passionnelle et destructrice qui se résume à la rencontre de deux âmes sœurs, deux êtres épris de musique. Je trouve qu'il n'y a rien de plus puissant qu'une histoire d'amour imprégnée de musique. Il n'y a rien de plus subtil et de révélateur que la musique. Écrire de la musique c'est en grande partie se mettre volontairement à nu. C'est pouvoir dire ce que des mots sont incapables d'exprimer. Écrire de la musique c'est écrire dans un langage codé afin de décoder le coeur et l'âme. 

Enfin, ce qui a retenu mon attention lors de ma lecture c'est aussi le respect que porte l'auteur à chaque membre du groupe de musique. Elle donne à chaque personnage le droit d'exprimer son avis. Chacun est mis en avant de manière égalitaire ce qui est totalement en contradiction avec le but même d'un groupe de musique célèbre qui est de mettre en avant une ou deux personnes au détriment des autres qui restent dans l'ombre. 

Je pense que le personnage qui m'a le plus touché et inspiré est celui de Camilla, la femme de Billy. Cette femme est l'incarnation même de la bonté, du courage, de la détermination et de l'équilibre. C'est grâce à elle que Billy a pu mener une vie d'artiste, c'est grâce à elle qu'il n'est pas tombé dans la démesure et dans l'excès et enfin c'est grâce à elle qu'il a pu éviter de tomber tête la première dans une histoire passionnelle et catastrophique avec Daisy Jones.  

FUN FACTS: 

  • Ce roman est inspiré du groupe "Fleetwook Mac". 

  • Ce roman a été adapté en série par Scott Neustadler et Michael H. Weber. 

jeudi 20 juillet 2023

Abandonner un chat: Souvenirs de mon père- Haruki Murakami

" Chacun de nous n'est qu'une goutte de pluie, anonyme parmi la multitude de gouttes qui tombent sur une vaste étendue de terre. Juste une goutte. Une goutte unique, qui possède son individualité, mais qui peut être remplacée. Et chacune de ces gouttes a ses propres sensations, elle a sa propre histoire et elle a la responsabilité de transmettre ce dont elle a hérité. Nous ne devons pas l'oublier". 

Auteur: Haruki Murakami 

Genre: Roman 

Edition: 10/18 

Date de publication: 2022

Nombre de pages: 96 

Synopsis: Cette biographie est une véritable quête. En effet, Murakami à travers ce livre nous dévoile sa relation complexe avec son père tout le long de son enfance. Ce roman est une sorte de rétrospection réalisée avec l'aide du lecteur afin d'essayer de comprendre les dessous de sa relation complexe et difficile qu'il nouait avec son père. Imprégné de nostalgie et de regrets, ce livre prend la forme d'une lettre d'amour adressée à son père défunt. 

Mon avis:

Avant de partager mon avis sur ce roman je tiens avant tout à souligner le travail d'édition incroyable qui a été réalisé. C'est grâce à la qualité de l'édition, avec les illustrations toutes aussi belles les unes que les autres que j'ai pu me plonger aussi facilement et profondément dans cette histoire. 

Il y a deux choses qui me fascinent toujours autant chez Murakami, sa pudeur et sa subtilité. Il arrive à saisir toute les nuances des moments simples voire insignifiants aux yeux de certains pour en tirer des leçons de vie ou des messages cachés. C'est tout simplement un décodeur de l'âme. Pour lui, le fait d'abandonner un chat dans la rue par exemple révèle nécessairement des choses sur l'être humain qui a commis cet acte et explique par la même occasion certains des comportements que ce dernier peut avoir. 

Dans ce livre très personnel, Murakami décrit son père avec des yeux d'enfant. En effet, la relation entre un père et son fils est très complexe mais celle d'un père japonais avec son fils japonais l'est encore plus dû à la pudeur des japonais face aux sensations et aux émotions qu'ils ressentent. Ces derniers n'acceptent pas et n'ont pas l'habitude de se livrer au grand jour ou de se laisser submerger par leurs émotions. Ils refoulent tout à l'intérieur d'eux-mêmes et laissent transparaître un visage impassible et impossible à décrypter. 

Dans ce roman, Murakami se pose des questions sur sa relation avec son père et attend désespérément de trouver des réponses mais en vain. Pour lui, écrire ce roman ne sert pas uniquement à trouver des explications aux comportements de son père mais aussi à se soulager d'un poids, le poids de garder tout ses questionnements sur sa relation avec son père secrets et enfouis au plus profond de lui-même. Il veut juste être compris. 

FUN FACTS: 

  • C'est la première fois que Murakami se livre sur sa vie. D'habitude c'est le lecteur qui déduit de ses romans ses goûts et ses passions comme sa passion pour le jazz, pour le baseball, pour la course à pieds ou encore pour les chats. 


vendredi 9 juin 2023

Un fils- Guy de Maupassant

 " Il estimait qu'une personne ne peut être agréable à voir encore que lorsqu'on la connait peu, lorsqu'il reste en elle du mystère, de l'inexploré, lorsqu'elle demeure un peu inquiétante et voilée". 


Auteur:
Guy de Maupassant

Genre: Recueil de nouvelles 

Edition: Le livre de Poche 

Date de publication: 1882

Nombre de pages: 117

Synopsis: Ce livre renferme plusieurs nouvelles, toutes tournant autour d'une thématique commune, celle de "l'enfant abandonné". En effet, ces nouvelles ont en commun le fait qu'un enfant non voulu va être abandonné dès sa naissance. Chacune de ces nouvelles met en relief le peu de considération que portaient les parents pauvres pour leurs enfants ainsi que les erreurs commises par les femmes de l'époque, très vite amoureuse et prêtes à tout par amour. 

Mon avis:

J'ai trouvé que ce recueil de nouvelles était très enrichissant à lire. Au fur et à mesure des histoires racontées, j'ai pu observer et réaliser à quel point le manque d'éducation et la misère poussait les gens à agir de façon totalement insensée et égoïste. Il est évident que Maupassant cherche dans ce recueil de nouvelles à nous montrer l'importance de l' "enfant" et c'est en décrivant et en narrant des histoires épouvantables mettant en scène des enfants que le lecteur peut se rendre compte des atrocités dont sa nature est capable. 

Je trouve très intéressant le fait que Maupassant ait choisi de raconter des nouvelles atroces. Des nouvelles qui réussissent à perturber le lecteur qui se trouve une fois la lecture terminée dans l'incompréhension la plus totale face à des comportements odieux et inadmissibles de parents indignes. 

J'apprécie beaucoup le style d'écriture de Maupassant. Je trouve qu'il a une manière très subtile et simple de raconter et de dénoncer les choses. Son engagement est implicite et c'est ce qui fait sa force. En rendant invisible cet engagement à la première lecture, Maupassant pousse le lecteur à se questionner et à comprendre au fur et à mesure de la nouvelle l'intérêt qu'elle renferme ainsi que sa raison d'être. 

Je trouve que ce recueil de nouvelles fait du bien au lecteur, le réveille sur pas mal d'aspects de sa vie quotidienne et sur son rôle de parent. Maupassant montre la difficulté à éduquer des enfants ainsi que les nombreux sacrifices que la venue au monde d'un nouvel être engendre. 

FUN FACTS: 

  • Flaubert était le mentor et le précepteur de Maupassant. Il lui a apprit comment manier l'art de l'écriture à la perfection et il revoyait ses écrits. Il a même affirmé que " c'est mon disciple et je l'aime comme un fils". 
  • Maupassant a écrit de nombreux romans et nouvelles sous différents pseudonymes de 1881 à 1885 comme " Joseph Prutnier", 'GUY de Valmont" et "Maufrigneuse". 
  • Maupassant détestait la Tour Eiffel.
  • Le 2 Janvier 1892, Maupassant a essayé de se suicider en tranchant sa gorge. Cependant, il n'est pas mort sur le coup et a intégré l'asile psychiatrique Esprit Blanche à Passy, à Paris.

mardi 6 juin 2023

L'innocence, une source d'inspiration chez les autrices du 19ème siècle

Comme le disait si bien Virginia Woolf dans son essai "a room of one's own", " we must accept the fact that all those good novels, Villette, Emma, Wuthering heights, Midllemarch, were written by women without more experience of life than could enter the house of a respectable clergymen, written too in the common sitting room of that respectable house and by women so poor that they could not afford to buy more that a few quires of paper at a time upon which to write". 

Ce sont les mots de cette grande autrice qui m'ont interpellé et qui m'ont poussé à écrire cet article quelque peu original. 

J'ai décidé de me pencher l'espace de quelques lignes sur un sujet intriguant, "la méconnaissance et l'ignorance de certaines autrices du 19 ème siècle de la réalité". 

En effet, que ce soit Jane Austen, les soeurs Brontë, Louisa May Alcott ou même Emily Dickinson, ces dernières ont toutes en commun une sorte de " douce candeur" qui se caractérisait en une méconnaissance et en une ignorance de la réalité qui les entourait. Une ignorance du monde qui les entourait et de certaines émotions, sentiments et ressentis. 

Ces dernières ne vivaient qu'à travers la vie des autres, elles s'inspiraient des histoires qu'elles entendaient le soir dans la salle commune de leur modeste demeure, des gestes et des comportements de leurs invités, des ragots et des histoires racontées pour créer leur art et décrire ce qu'elles n'ont jamais vécu ou eu l'occasion de vivre. En effet, quel exemple plus flagrant que celui de Jane Austen, connue principalement pour ses romans relatant des histoires d'amour menant toutes à un mariage qu'il soit heureux ou malheureux, elle qui est en fin de compte une éternelle célibataire. 

" All the literary training that a woman had in the observation early Nineteenth century was training in the observation of character, in the analysis of emotion, their sensibility had been educated for centuries by the influences of the common sitting room. people's feelings were impressed on her, personnel relations were always before her eyes. Therefore, when the middle class woman took to writing, she naturally wrote novels". 



L'innocence de ces autrices était donc une réelle source d'inspiration pour elles et constituait un charme particulier. Une femme littéraire de cette époque était condamnée à éternellement imaginer la réalité qu'elle aurait pu vivre. Une réalité dont bénéficiait tous les hommes de son entourage que ce soit son mari, son frère ou son père. Ces femmes là étaient poétiques dans leur intériorité puisqu'elles ne pouvaient pas l'être dans leur vie. 

Ces dernières ont pu bâtir au fur et à mesure de leur vie, leur propre vision de la réalité en s'inspirant de ce qu'elles connaissaient déjà tout en rajoutant des éléments créés de toute pièce par leur imagination débordante. Une imagination qui ne pouvait déborder que sur du papier mais aucunement dans leur vie quotidienne. 


Pour ces femmes là, la réalité et le rêve ne formaient qu'un. Les deux ressortant de leur pure imagination. 

A travers l'écriture, ces femmes pouvaient enfin ressentir ce qu'elles n'avaient jamais ressenti, elles pouvaient imaginer toutes les possibilités de leurs vies passées et créer des sentiments qu'elles auraient aimé éprouver. 

Ainsi, ces femmes ne vivant qu'à travers les hommes de leur vie étaient totalement privées d'autonomie et étaient coupées du monde ne pouvant s'abriter que dans leur paysage intérieur où soufflait sans cesse l'air de leurs envies, de leurs désirs inavouables et de leurs vies imaginées de toutes pièces. 


On dit souvent que les plus belles paroles sont celles qui sont dites avec les yeux. Pour moi, les plus belles histoires sont celles qui sont racontées par les yeux d'une femme enfant qui a tant à apprendre.